S’adapter à un climat à +4°C : un enjeu de gouvernance avant tout

Un territoire peut disposer de toutes les données, études et stratégies sur le climat et rester bloqué dans son adaptation. Ce qui coince alors n'est pas le manque de savoir technique, mais la façon dont les membres de l'organisation collaborent. Dans le cadre de la démarche nationale d'adaptation à un climat à +4 °C, portée par le Cerema et La Fabrique des transitions, nous avons mené un diagnostic sensible pour le Département des Côtes-d'Armor. Voici ce qu'il révèle, et pourquoi cela concerne toute collectivité.

Un diagnostic qui regarde comment on décide, et non ce que l’on sait

Le Département des Côtes d’Armor ne manque ni de données, ni de stratégies. Le diagnostic sensible visait donc autre chose : comprendre les dynamiques humaines, institutionnelles et culturelles qui accélèrent ou freinent la capacité du territoire à se transformer. Il s’est appuyé sur plus d’une vingtaine d’entretiens approfondis, auprès d’élus, de directions, d’agents, de partenaires institutionnels et d’acteurs économiques, agricoles, associatifs et techniques. La méthode a consisté à écouter le territoire avant de proposer quoi que ce soit, et à construire l’analyse à partir du vécu des acteurs.

(Voir notre billet « Le diagnostic sensible ».)

Ce que les entretiens ont révélé

Un portrait cohérent s’est dégagé. Le Département jouit d’une forte culture de proximité (proche des communes et des habitants) qui constitue un vrai capital de confiance. Il cultive aussi le consensus, ce qui favorise l’acceptabilité des projets, mais peut ralentir la décision quand les sujets deviennent complexes ou conflictuels. Il agit déjà sur de nombreux fronts de l’adaptation, l’eau, l’agriculture, les solidarités, les infrastructures, la biodiversité, la mobilité, mais chaque politique reste pilotée dans ses logiques habituelles. D’où une difficulté à penser les interdépendances, alors que l’adaptation oblige à considérer d’un même mouvement les enjeux sociaux, économiques et environnementaux.

Deux tensions reviennent :

– la première oppose l’urgence à la transformation : le quotidien mobilise fortement les équipes, au point qu’il devient difficile de consacrer du temps aux changements de long terme, pourtant devenus indispensables.

– la seconde tient au regard porté sur l’adaptation, encore largement abordée comme un sujet technique, affaire d’infrastructures, de risques et d’expertise, alors qu’une adaptation réussie suppose aussi de faire évoluer les façons de gouverner.

Le vrai enjeu : la gouvernance, pas les compétences

C’est l’enseignement central. Le diagnostic ne révèle aucun manque de compétences. Il met en évidence un enjeu de gouvernance. L’adaptation à +4 °C ne reposera pas seulement sur de nouveaux plans d’action, mais sur de nouvelles façons de travailler ensemble. Le territoire possède déjà l’essentiel de ses ressources ; l’enjeu consiste moins à créer de nouveaux dispositifs qu’à mieux relier ceux qui existent. (Voir notre billet « Transformation systémique ».)

Accepter les contradictions plutôt que les éviter

Le diagnostic sensible montre que les contradictions ne sont pas des anomalies à corriger, mais le signe d’arbitrages permanents auxquels tout territoire est confronté : développer l’économie ou préserver les ressources, privilégier la proximité ou l’efficacité, répondre à l’urgence ou anticiper, défendre l’autonomie locale ou la coordination. Les rendre visibles, plutôt que les esquiver, est précisément ce qui permet de construire des compromis plus solides. C’est aussi ce qui distingue une adaptation subie d’une adaptation choisie.

Ce qui fait vraiment réussir ou échouer un projet

Les projets de transition échouent rarement faute de connaissances techniques. Ils échouent plus souvent parce que les acteurs ne partagent pas les mêmes représentations, parce que les responsabilités restent cloisonnées, parce que le changement génère des inquiétudes, ou parce que les organisations reproduisent leurs habitudes. Le diagnostic sensible rend visibles ces dimensions humaines, ordinairement laissées de côté, et donne ainsi prise sur ce qui décide réellement de la réussite. (Voir notre billet « Transformer les modes de vie ».)

Ce que le diagnostic recommande

Les recommandations ne forment pas une liste d’actions opérationnelles de plus. Elles visent à renforcer la capacité du territoire à conduire ses transitions : ouvrir des espaces de coopération entre directions et partenaires, se doter d’objets de travail vraiment transversaux, créer des temps de dialogue pour aborder les tensions au lieu de les contourner, soutenir les expérimentations locales, et surtout partager une vision commune de l’adaptation qui relie les différentes politiques autour d’une même ambition.

(Voir notre billet « La mise en récit ».)

Le diagnostic sensible, un outil de gouvernance

Le principal apport de cette approche est de déplacer le regard : au lieu de juger seulement les projets, elle interroge la manière dont les décisions se prennent. Elle met au jour les freins invisibles qui limitent l’action collective, révèle les ressources de coopération déjà présentes, construit une compréhension partagée entre élus, directions et partenaires, et améliore la transversalité entre politiques publiques. En ce sens, le diagnostic sensible est un véritable outil de gouvernance, qui aide une collectivité à devenir plus coopérative et plus capable d’apprendre face à des enjeux complexes. Une même logique guide notre cas sur la Ville de Sainte-Agathe-des-Monts, qui a diagnostiqué son organisation avant de consulter son territoire.

Parlons-en

Chez Ma petite boîte verte, nous menons ce type de diagnostic pour les collectivités de l’ouest de la France (notamment en Bretagne et Vendée) qui veulent renforcer leur capacité à se transformer, et pas seulement empiler des plans. Si vous sentez que votre adaptation bute moins sur la technique que sur la coopération, prenons le temps d’un échange. Nous commencerons par écouter votre territoire.

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