Un diagnostic territorial ne donne pas de cap
Face au changement climatique, une collectivité accumule vite les constats : vulnérabilités, objectifs, listes d’actions. Ils sont utiles, mais insuffisant pour décider. En effet, un constat ne dit pas quelle direction prendre.
La prospective comble ce vide : elle consiste à explorer les futurs possibles d’un territoire donné, puis à choisir celui vers lequel on veut tendre, en toute lucidité sur ce qu’il faudra accepter en chemin. C’est un travail de projection, pas de prédiction.
(Voir nos billets « Agir sans tout savoir » et « La mise en récit ».)
Explorer les futurs possibles : la question « et si… ? »
À Vaudreuil-Soulanges, l’exploration est passée par une question simple, posée pour chaque enjeu prioritaire : si la MRC agit fortement sur cet enjeu d’ici 2035, qu’est-ce que cela change concrètement pour le territoire ?
Autour de cette question, les groupes ont déroulé les effets attendus, les risques, les conditions de réussite et les acteurs à mobiliser. Le but n’était pas de multiplier les idées, mais de tester leur solidité avant d’en faire des orientations. Cette exploration prend tout son sens quand on la relie à la pluralité des avenirs climatiques, des trajectoires les plus sobres aux plus dégradées : on ne prépare pas un territoire à un seul futur, mais à une gamme de futurs plausibles.
Choisir une trajectoire : les chemins de transition
À Sainte-Agathe-des-Monts, l’atelier a pris l’autre versant de la prospective. Après avoir exploré ce qui pourrait advenir, il s’agissait de choisir où aller. Quatre chemins de transition ont été façonnés, quatre manières contrastées, pour la ville, d’habiter sa transition, entre lesquelles elle tranche en connaissant les contreparties de chacune. Ces chemins ne sont pas des vœux : le chemin privilégié le dit sans détour, accepter des débats parfois vifs en échange de la protection des lacs, des forêts et du logement. Une trajectoire assumée nomme ce qu’elle est prête à perdre. C’est ce qui la distingue d’une vision creuse où tout le monde gagne et personne ne renonce.
Distinguer ce qu’on pilote de ce qu’on subit
Pour rendre ces trajectoires réalistes, l’atelier de Sainte-Agathe a séparé :
– ce que la ville pilote (ses décisions, ses outils, ses ressources),
– ce que la ville subit (la pression foncière de la métropole voisine, le financement provincial, la trajectoire climatique).
Le territoire y est lu comme un système à trois niveaux :
– ce que la collectivité gouverne seule,
– ce que la collectivité construit avec ses partenaires,
– ce qui s’impose à la collectivité.
De là, cinq variables clés ont été posées non pas comme des réponses toutes faites, mais comme des questions ouvertes :
– Jusqu’où encadrer le modèle de développement ?
– Quelle ambition viser en équité climatique ?
– Comment rendre la transition transversale à toutes les décisions ?
– Quel positionnement tenir dans la gouvernance régionale ?
Ce sont ces arbitrages, et non des cases à cocher, qui dessinent la trajectoire.
Aligner avant d’écrire
Dans les deux cas, l’atelier a réuni élus et directions au même moment, pour aligner les ambitions politiques et opérationnelles avant de rédiger la moindre ligne du plan. C’est un point souvent négligé : une vision ne tient que si ceux qui la portent se la sont appropriée ensemble. La prospective sert donc autant à mobiliser qu’à anticiper. Sans ce temps partagé, un plan reste un document d’expert que personne ne défend ; avec ce temps partagé, il devient un cap que l’équipe reconnaît comme le sien.
Ce qu’une intercommunalité française peut en faire
La méthode se transpose directement à la préparation d’un PCAET (Plan Climat-Air-Énergie Territorial). Avant d’écrire le plan, il est utile de tenir un temps de prospective : explorer les futurs possibles avec une question « et si », pour éprouver la solidité des pistes, puis choisir une trajectoire parmi des chemins contrastés, en nommant franchement ses contreparties. Distinguer ce que la collectivité pilote de ce qu’elle subit évite les fausses promesses, et réunir élus et directions dès cette étape assure que le cap sera tenu. La prospective n’est pas un luxe intellectuel pour une ville, quelle que soit sa taille : c’est ce qui donne une direction à un plan, là où le diagnostic ne donne qu’un état des lieux.
Parlons-en
Chez Ma petite boîte verte, nous concevons et animons des temps de prospective pour les collectivités qui veulent donner un cap à la transition écologique de leur territoire, sans se contenter d’un diagnostic.
Si vous préparez un plan climat ou une stratégie territoriale pour votre commune, prenons le temps d’un échange. Nous commencerons par une question : à quoi voulez-vous que votre territoire ressemble en 2040 ?