La concertation citoyenne rebâtit la confiance

Une concertation citoyenne ratée ne l'est pas faute d'efforts. Elle l'est parce qu'une promesse a été trahie. Inviter des habitants à donner leur avis pour ensuite décider comme si de rien n'était, abîme la confiance plus sûrement que de ne rien leur demander. Dans l'accompagnement de la MRC de Coaticook, au Québec, la concertation que nous avons organisée a fait exactement l'inverse : elle a traité la confiance comme un livrable. Voici ce qu'une collectivité française peut en retenir et appliquer.

Chaque concertation contient une promesse

Selon la manière dont on associe les habitants d’une municipalité à un projet, on leur promet des choses différentes. Les informer, c’est promettre de les tenir au courant. Les consulter, c’est s’engager à écouter leur avis et à dire comment il a pesé. Les impliquer ou construire avec eux, c’est promettre que leurs préoccupations se retrouveront dans les décisions. La frustration naît toujours d’un écart entre la promesse que les habitants ont cru entendre et celle qui a été tenue. Concerter honnêtement commence donc par choisir un niveau d’engagement qu’on pourra assumer jusqu’au bout.

(Voir notre billet « Aller-vers », sur les niveaux d’implication.)

Le pire : faire miroiter, puis décider seul

Le plus sûr moyen de vider la prochaine réunion, c’est d’avoir trahi la précédente. Une collectivité qui ouvre une grande démarche participative, laisse espérer une co-construction, puis tranche en vase clos, envoie un message que chacun comprend : votre avis n’a pas compté. La confiance perdue là se regagne lentement, et elle manque précisément au moment où la collectivité en a le plus besoin, quand un projet difficile doit être accepté. Mieux vaut promettre peu et le tenir que promettre beaucoup et décevoir.

Le point de départ : une méfiance à réparer

À Coaticook (Québec), la concertation citoyenne menée en amont avait révélé une méfiance envers les institutions, nourrie par un sentiment de « manque de suivi ». Autrement dit, les habitants avaient déjà eu le sentiment d’être consultés sans effet. Toute la suite de la démarche a été conçue par Iblis le Guen pour répondre à ce constat, non par des mots, mais par des actes vérifiables.

Tracer chaque parole, et rendre des comptes

Le premier acte a été la traçabilité. Chaque remarque formulée par les participants a été reprise et traduite en une modification concrète des critères de la démarche, et le document conserve, pour chaque changement, la justification qui explique quel commentaire a produit quel effet. Les contributions ne sont pas « inspirées » par les habitants, elles réécrivent le travail. Le second acte a été l’engagement de restituer : une réponse écrite est revenue aux participants dans un délai court et annoncé d’avance. Tenir ce délai n’est pas un détail logistique, c’est ce qui conditionne la crédibilité des consultations suivantes.

(Voir notre cas « Qui priorise les actions d’un plan climat ? », sur la mécanique de cette démarche.)

L’honnêteté vaut aussi dans l’autre sens

Sur-consulter fait autant de dégâts que sous-consulter. Quand une décision est déjà largement fixée par un règlement, un financement ou un calendrier, mieux vaut le dire franchement et se limiter à bien informer, plutôt que d’organiser une grande consultation dont l’issue est jouée d’avance. Faire perdre son temps au public coûte aussi cher que de l’ignorer, parce que les gens sentent vite quand on les consulte pour la forme. Annoncer d’entrée ce que la parole des habitants va décider, et ce qu’elle ne décidera pas, n’affaiblit pas la démarche : c’est une marque de respect qui installe la confiance.

La décision reste, le dialogue la renforce

Concerter honnêtement ne dilue en rien la responsabilité des élus. Une formule entendue à Coaticook le résume : le dialogue ne remplace pas la décision, mais la décision sans dialogue génère de la résistance. Un projet expliqué et discuté se défend mieux en conseil, se met en œuvre plus facilement et résiste à la contestation. L’acceptabilité d’un projet ne se constate pas, elle se construit en tenant parole.

(Voir notre billet « Le diagnostic sensible ».)

Ce qu’une collectivité française peut en retenir

La leçon tient en quelques gestes, transposables à toute concertation, d’un plan climat à un projet d’aménagement. Choisir le niveau d’implication qu’on pourra honorer, et l’annoncer clairement. Tracer les contributions, pour que chacun voie l’effet de sa parole. S’engager sur une restitution, et en tenir le délai. Reconnaître franchement ce qui est déjà décidé, plutôt que de simuler un débat. Une concertation menée ainsi ne se contente pas de recueillir des avis : elle reconstruit un lien abîmé, et c’est souvent la qualité de ce lien qui fait le plus défaut.

Parlons-en

Chez Ma petite boîte verte, nous concevons des démarches de concertation calibrées sur ce que la collectivité pourra vraiment tenir. Si vous préparez une consultation et voulez qu’elle renforce la confiance plutôt que de l’entamer, prenons le temps d’un échange. Nous commencerons par clarifier ce que vous êtes prêts à mettre en débat.

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