Regarder l’organisation dans le miroir
La plupart des démarches de transition écologique commencent par consulter le territoire. La ville de Sainte-Agathe-des-Monts (Québec) a commencé par se diagnostiquer elle-même. Un auto-diagnostic de maturité auprès des agents, des entretiens avec les cadres des différents services, puis un atelier réunissant l’encadrement : trois dispositifs pour une même intention, croiser ce que les documents affirment avec ce que le terrain vit réellement. C’est exactement la logique d’un diagnostic sensible, appliquée cette fois à l’organisation municipale.
(Voir notre billet « Le diagnostic sensible ».)
Ce que le miroir a révélé
Trois constats se sont dégagés de ce diagnostic. Les services techniques portent la maturité de la collectivité, parce que ce sont des champs avec des mandats clairs et des outils tangibles ; la transition y est ancrée dans du travail concret. À l’inverse, les enjeux plus sociaux ou transversaux, l’alimentation, la qualité de vie, restent orphelins : personne ne les porte visiblement, et beaucoup d’agents avouent ne pas savoir qui s’en occupe. Enfin, l’organisation produit de bons plans, mais cloisonnés par métier, sans cadre qui les relie. Le jeune service dédié à la transition n’a pas encore eu le temps d’installer ce rôle d’intégrateur.
(Voir notre billet « Transformation systémique ».)
La transition était déjà en marche
Le constat le plus fort est venu des entretiens. Depuis quelques années, un décloisonnement bien réel est déjà à l’œuvre : les services collaborent davantage, les décisions se prennent plus en amont, la direction est plus soudée. Le plan de transition n’atterrit donc pas dans une organisation immobile, mais dans une organisation déjà en transformation. Cette dynamique reste pourtant fragile : portée par des relations entre personnes plutôt que par des règles, elle pourrait être défaite par une simple alternance politique. La transition s’ajoute aux tâches courantes au lieu de s’y intégrer, et ce qui a été gagné est vécu comme réversible.
Trois tensions comme colonne vertébrale
Plutôt que de lisser ces constats, la démarche a nommé trois tensions qui traversent l’organisation. La première oppose la vision à l’action : les constats sont validés, souvent largement, mais l’absence de décision politique formelle bloque le passage à l’acte. La deuxième tient à une information mal partagée, au point que des cadres découvraient certains constats en séance. La troisième oppose la capacité à l’ambition, ce décalage structurel entre les intentions collectives et les moyens réels. Une formule d’un cadre résume l’attente de tous : « un plan d’action ne peut pas être un simple fichier Excel ».
Puis le territoire a confirmé
Le diagnostic interne posé, la Ville est allée à la rencontre de ses habitants, sur des kiosques mobiles installés là où ils passent déjà, dans un format volontairement accessible et ludique. Fait remarquable, les citoyens n’ont pas contredit le diagnostic technique, ils l’ont confirmé. Ils réclament d’abord un cadre : le chemin « la ville qui pose des limites » recueille près de la moitié des voix, quand celui qui se contente de consolider les acquis est jugé « pas assez ambitieux ». Leurs priorités, l’eau, la biodiversité, l’aménagement, recoupent exactement les sujets les plus tendus de l’analyse, et ils résument leur ordre de marche : protéger l’existant avant de développer. Mieux, ils ne réclament pas seulement des actions, ils proposent des outils, du budget participatif à l’écofiscalité. Une lecture par les modes de vie l’a confirmé : les freins tiennent surtout au cadre matériel et réglementaire, là où la collectivité a des leviers, plus qu’aux comportements individuels.
(Voir nos billets « Aller-vers » et « Transformer les modes de vie ».)
Institutionnaliser un mouvement réel
Tout le sens de la démarche tient là. Puisque la transition est déjà en marche, mais informelle et réversible, le rôle du plan n’est pas de la décréter, mais de la rendre durable, en l’ancrant dans des règlements, des indicateurs et un portage clair capable de survivre à un cycle électoral. Pour cela, la Ville a travaillé quatre chemins de transition, quatre trajectoires contrastées entre lesquelles elle choisit en connaissant les contreparties de chacune. Le chemin privilégié le dit sans détour : accepter des débats parfois vifs, en échange de la protection des lacs, des forêts et du logement. Une transition territoriale assumée nomme ce qu’elle est prête à perdre. (Voir notre billet « La mise en récit ».)
Ce qu’une collectivité française peut en retenir
La leçon se transpose directement. Avant d’écrire un plan climat ou un plan de transition, une commune gagne à se regarder elle-même : où sont les silos, quels enjeux ne sont portés par personne, la dynamique interne est-elle solide ou seulement informelle et réversible. Le rôle du plan est souvent d’institutionnaliser ce qui bouge déjà, plutôt que de tout lancer de zéro. Aller ensuite chercher les habitants là où ils vivent, et leur proposer des trajectoires contrastées plutôt qu’une destination unique, transforme une consultation en choix de territoire.
Parlons-en
Chez Ma petite boîte verte, nous aidons les collectivités de l’Ouest de la France à lire leur propre fonctionnement avant de bâtir leur plan, et à transformer un élan réel en trajectoire durable. Si vous préparez une démarche de transition territoriale et voulez qu’elle tienne au-delà d’un mandat dans votre municipalité, prenons le temps d’un échange. Nous commencerons par regarder comment votre organisation travaille déjà.