Révision de PCAET : un projet de territoire ?

Beaucoup d'intercommunalités doivent réviser leur plan climat (PCAET) dans les prochaines années. L'exercice ressemble souvent à une obligation de plus, un document technique à mettre à jour pour rester dans les clous. Une démarche menée au Québec montre que l'on peut faire de cette obligation un projet de territoire vertueux que les habitants s'approprient. Voici ce qu'un élu ou un agent d'intercommunalité de France peut en retirer, très concrètement.

Un plan climat branché sur l’aménagement

La MRC de Coaticook (Québec), une intercommunalité rurale de l’Estrie organisée autour de pôles comme Coaticook et Compton, a fait un choix peu banal. Plutôt que de traiter le climat comme un dossier isolé, elle a mené de front deux chantiers : l’élaboration de son plan climat et la révision de son schéma d’aménagement, l’outil qui structure l’usage de son territoire. Autrement dit, elle a branché le climat directement sur l’aménagement, au lieu de faire vivre deux processus côte à côte sans qu’ils se parlent. C’est cette démarche que notre dirigeante Iblis le Guen, originaire du Québec, a accompagnée, avec l’entreprise Ellio.

Le parallèle avec la situation française est direct. En France, un PCAET (Plan Climat-Air-Énergie Territorial) est obligatoire pour les intercommunalités de plus de 20 000 habitants. Il se révise tous les six ans, et il doit s’articuler avec les documents d’urbanisme : un PLUi (Plan Local d’Urbanisme Intercommunal) doit le prendre en compte. Le lien juridique existe donc déjà. Plusieurs intercommunalités que nous rencontrons en Bretagne et sur la façade Atlantique préparent justement cette révision. La vraie question n’est pas « comment cocher la case », mais « comment en faire un projet que le territoire porte ».

Aller chercher la parole, puis la faire raconter

La démarche s’est déployée sur près d’un an, chaque étape nourrissant la suivante. Un questionnaire citoyen d’abord, avec 245 réponses, diffusé jusque dans les événements culturels de la MRC par des agents de sensibilisation, pour ne pas toucher que les habitants déjà convaincus. Puis un atelier documentant les vulnérabilités climatiques déjà vécues, secteur par secteur : l’eau, les infrastructures, la santé, l’économie. Enfin des ateliers de récits collectifs, construits autour d’une seule question : « En 2040, qu’aurons-nous choisi de protéger sur notre territoire ? »

Ce parcours illustre deux principes que nous défendons ailleurs :

– aller chercher la parole là où elle se dit plutôt que d’attendre en salle, 

– faire raconter un territoire au lieu de seulement le mesurer.

(Voir nos billets « Aller-vers : notre façon de concerter pour votre commune » et « La mise en récit ».)

La confiance : passer du « fait pour » au « fait par »

Le signe le plus clair d’un accompagnement réussi tient en un fait simple : la MRC a repris la méthode à son compte. Elle a rejoué seule, une fois avec ses élus et ses employés, puis une fois avec son comité jeunesse, l’atelier de récits collectifs, conçu et animé avec Ellio en février. On passe ainsi d’un accompagnement « fait pour » la collectivité à un accompagnement « fait avec » elle, puis à une capacité « fait par » elle-même. C’est la trajectoire idéale : le prestataire s’efface au profit d’une compétence interne.

Cette confiance ne s’est pas traduite par une délégation aveugle, mais par un vrai dialogue. La vision de territoire que nous avons proposée, la MRC l’a réécrite, au point que le document final conserve les deux versions côte à côte. Et la démarche a nommé les tensions ouvertement, l’autonomie de chaque commune face à la mutualisation, la règle face à la liberté, l’urgence d’agir face au temps de l’adhésion, plutôt que de les lisser. Nommer un désaccord suppose déjà une relation de confiance. Ce climat interne fait d’ailleurs écho à ce que la concertation avait révélé : une population méfiante envers les institutions, lassée d’un « manque de suivi ». La confiance construite dans l’accompagnement est le miroir de celle que la MRC cherche à retisser avec ses habitants.

Ce que vous pouvez en retenir : le meilleur livrable d’un accompagnement n’est pas un rapport, c’est une équipe capable de continuer seule.

(Voir nos billets « Le diagnostic sensible » et « Le passeur ».)

L’audace : poser les vraies questions

La MRC n’a pas fait le minimum réglementaire, et plusieurs de ses choix demandaient un certain courage. Poser « qu’aurons-nous choisi de protéger ? » plutôt qu’une grille de priorités, c’est assumer la part d’appartenance et de valeurs d’une transition, et pas seulement sa part technique. Entendre son comité jeunesse défendre les positions les plus tranchées, de la fin de la voiture individuelle à une fiscalité plus lourde, et choisir de documenter ces voix au lieu de les filtrer, c’est accepter le débat réel. Et demander publiquement à quoi le territoire serait prêt à renoncer, c’est aborder de front un sujet que la plupart des institutions préfèrent contourner.

Cette audace n’est pas un supplément d’âme, c’est ce qui fait la différence entre une concertation cosmétique et une concertation qui compte. Elle rejoint une conviction que nous portons : une démarche qui n’ose pas poser les questions difficiles n’obtient que des réponses tièdes.

(Voir nos billets « Placer les acteurs du territoire au cœur de la démarche » et « Transformer les modes de vie », sur les renoncements et la justice sociale.)

Et un récit qui relie le tout

Cette démarche a produit un dernier résultat, sans doute le plus décisif : une chaîne narrative qui relie le vécu, les valeurs, la vision et l’action. L’eau, d’abord documentée comme le système le plus vulnérable, est devenue dans les récits une fierté et un bien commun à protéger ; un même objet racontait à la fois la menace et l’identité. Toute la stratégie s’est cristallisée dans une formule, « grandir sans se trahir », qui a transformé un diagnostic de vulnérabilités, forcément anxiogène, en un projet de territoire désirable. Ce mécanisme mérite à lui seul d’être expliqué : nous lui consacrons un article à part. 

(Voir notre cas « Du risque au récit : la chaîne narrative qui fait tenir une stratégie de territoire ».)

Ce que ça change, concrètement

Au bout du parcours, la MRC ne s’est pas retrouvée avec un rapport de plus. Elle dispose d’une vision 2040 partagée, nourrie par 245 réponses citoyennes et cinq groupes de récits collectifs dont trois qu’elle a animés elle-même, déclinée en valeurs et en principes directeurs qui font le pont vers les choix opérationnels. Surtout, cette vision alimente en même temps son plan climat et son schéma d’aménagement, les deux documents parlant enfin le même langage. Et la collectivité est désormais capable de prolonger la démarche sans nous. Coupler le climat et l’aménagement, et travailler par le récit, produit une stratégie à la fois plus légitime et mieux tenue dans le temps.

Ce qu’une intercommunalité française peut en retenir

Quatre enseignements se transposent directement à la révision d’un PCAET.

– Le premier : brancher cette révision sur le document d’urbanisme, SCoT ou PLUi, pour que le climat structure vraiment l’aménagement au lieu de vivre à côté de lui.

– Le deuxième : remplacer le sondage de priorités par une question de sens, du type « que voulons-nous protéger d’ici quinze ans ? », qui mobilise l’appartenance bien plus qu’une grille technique.

– Le troisième : croiser une lecture des risques et une lecture des fiertés, car leur convergence donne à la stratégie une légitimité qu’aucun expert extérieur ne pourra lui apporter.

– Le quatrième : viser l’autonomie de la collectivité, en outillant élus et agents pour qu’ils poursuivent seuls.

Deux principes, entendus à Coaticook, méritent d’être gardés en tête. La transition suit une séquence qui a fait consensus : commencer par l’incitatif, construire l’adhésion, puis seulement réguler. Et une phrase résume l’enjeu de toute concertation : le dialogue ne remplace pas la décision, mais la décision sans dialogue génère de la résistance.

Parlons-en

Chez Ma petite boîte verte, nous accompagnons les intercommunalités de Bretagne, de Vendée et de l’Ouest de la France qui veulent faire de la révision de leur PCAET un projet de territoire, et non une formalité. Si cette échéance approche pour vous, prenons le temps d’un échange. Nous commencerons par la question qui compte : qu’avez-vous choisi de protéger ?

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